mercredi 7 août 2019

Pause à Bistrita.

Du jeudi 1er au dimanche 4 août.
Dana nous accueille dans l’appartement qu’elle occupe avec Eugenia -surnommée Buni-, sa maman. Elle nous prépare de bons petits plats accompagnés de vins roumains et de la fameuse ţuică (gnôle de prune roumaine). Les voisins tiennent aussi à aider ces français un peu fous : les uns nous prêtent leur appartement pour dormir et les autres pour ranger nos vélos... dans le salon. Trois appartements pour nous, multsumesc frumos !
Jeudi et samedi sont deux journées à ne pas mettre une roue dehors tant il pleut. Nous en profitons pour aller faire un tour chez le coiffeur. A la piscine, Anatole parfait sa technique puisqu’il sait désormais nager.
Nous passons le dimanche à la campagne, dans le petit chalet familial avec Mircea, le fils de Dana et sa famille. Ana et Iris sont les deux nouvelles copines roumaines de Lison et Anatole !


Avant cela, Dana nous présente Grigore. Ce vendredi, nous passons une journée incroyable. Grigore nous emmène découvrir son métier, une passion. Nous nous retrouvons au milieu d’une pâture infinie d’où on n’aperçoit pas le moindre clocher, la moindre maison, la moindre route. Grigore a 400 brebis, quelques vaches et 12 chiens qui protègent ainsi le troupeau des loups et des ours. Avec trois fois rien, à l’abri d’une petite cabane, Grigore fait son fromage. Il nous a préparé un gueuleton maison, à faire ressusciter Jean-Pierre Coffe. Après la polenta au fromage (mamaliga cu branza) nous allons nous asseoir à l'ombre d'un grand chêne, à côté du troupeau, en attendant l’heure de la traite… Moment inoubliable.

Lundi 5, Mardi 6, Mercredi 7.
Les mots nous manquent pour remercier Dana, sa famille et ses amis.
Nous reprenons les vélos avec pour objectif de faire d’ici quelques jours la Transfagaraşan, route 7C, l’une des plus belles du monde, avec son col à plus de 2 000 m.
De ces trois dernières étapes, on retiendra une course avec un tracteur, qui nous a fait faire 10 km en moins d’une demi-heure, les tenues colorées des femmes tziganes et le ballet des biches autour de notre tente.
Ce soir, nous sommes accueillis par Geta, à Agristeu, dans un petit coin de paradis.


jeudi 1 août 2019

Noroc !

Jeudi 25.
Dernière étape 100 % ukrainienne. Après finalement deux jours de repos pour nous remettre d’une tourista familiale, nous ne sommes pas mécontents de continuer la route par 50 km de faux plat descendant, le long de la Teresva.
Des enfants jouent au bord de la rivière, d’autres nous accompagnent un bout de chemin, font des dérapages et quelques acrobaties nous montrant ainsi de quoi ils sont capables sur un vélo.
On prépare l’hiver et les tronçonneuses tournent à plein régime. Nous partageons la route avec d’énormes camions de bois qui soulèvent au passage d’étouffants nuages de poussière venant se mêler aux fumées noires des gaz d’échappement.


Les cueilleurs de myrtilles sont aussi de la partie, reconnaissables à leur tenue militaire, leurs mains violacées, leur sac à dos vide ou bien rempli suivant le sens dans lequel nous les croisons. Plus bas dans la vallée, ils déversent leur récolte sur des balances, avant de repartir dans la montagne.
Malgré l’habitude, l’état des routes reste toujours un mystère. Si, comme chez nous, le volant des véhicules est à gauche, la conduite se fait du côté de la route le moins abîmé. Un vrai spectacle.
Quand on croit avoir regagné l’asphalte, la piste réapparait, quand les trous disparaissent, les crevasses apparaissent… En conséquence, on ne compte pas les camions et les voitures, capots levés, sur un cric de fortune, réparés en bord de route.
Nous sommes également toujours aussi étonnés par le nombre d’églises -parfois trois dans un minuscule village-, ce qui fait dire aux enfants qu’ils savent où va tout l’argent des Ukrainiens.


A midi, nous pique-niquons dans une école. Nous en faisons le tour. Le gymnase est occupé par des anciens qui jouent au ping-pong, des vaches et les poules s’occupent du terrain, des gamins jouent sur des jeux d’un autre temps. Les bâtiments et certaines salles de classe sont plus que vétustes. Si dans certains pays on aime frénétiquement les réformes, il semblerait qu’ici, à l’inverse, on laisse le temps aux choses de s’installer (sans parler de la rouille et des mauvaises herbes)...


Vers 17h, c’est presque devenu une habitude, cinq ou six vaches, menées par deux gamins et leur père, viennent pâturer autour de notre tente.

Vendredi 26.
Voilà l’étape la plus pénible depuis notre départ. A force de descendre, il fait désormais plus chaud, et à l’approche de la frontière et d’une grande zone urbaine, la circulation se fait bien plus dense. Nous passons la frontière, moment pénible, avec son lot de douaniers zélés, désagréables - parfois méchants - ayant plus envie de s’amuser à nous emmerder que de nous contrôler. Sortie d’Ukraine oblige, il nous faut également passer trois fois sous des portiques de détection de la radioactivité.
Nous nous extirpons de Sighetu et la fin d’après-midi venue, alors que nous nous apprêtons à planter la tente, un orage soudain incite une dame à nous proposer une petite maison. Occupée par quatre ouvriers qui rentrent passer le weekend chez eux, nous passons notre première nuit en Roumanie dans une jolie maison traditionnelle qui sent le mâle.


Samedi 27.
Côtés intestins, ce n’est toujours pas la grande forme. Nous roulons une petite trentaine de kilomètres avant de nous arrêter pour reprendre quelques forces. Nous rencontrons Ioan qui nous dégote de quoi nous reposer : nous passons trois nuits dans une maison immense de huit chambres. Il y a toujours une solution dans ce village où tout le monde se connait.
Dimanche 28. Ioan vit et travaille en France. Il revient passer l’été au pays, chez ses parents. Il nous fait partager son dimanche, en famille. Anatole assiste à sa première messe. Elle se déroule à l’extérieur de l’église. Nous sommes ensuite invités au repas du midi. Lison et Anatole jouent avec Anastasia et ses cousins Vladimir et Raisa. Sans la barrière de la langue, puisqu’Anastasia est née en France, ils s’en donnent à cœur joie.
Lundi 29. Jour de repos supplémentaire. Les enfants jouent avec Anastasia, on nous apporte à manger, on vient prendre de nos nouvelles, on nous conseille sur la suite de notre parcours, on discute sur le banc, on salue les passants. Nous avons presque été adoptés...


Mardi 30.
C’est la reprise et nous allons mieux. C’est aussi l’anniversaire d’Anatole. Pour notre départ, tout le monde est venu nous saluer. Nicola ne veut pas que nous partions. Anastasia donne un petit cadeau à Anatole, Ioan nous offre un sac et une petite bouteille de liqueur. Nous serions bien restés, tant la gentillesse des gens nous touche, mais nous devons reprendre notre progression vers le sud.
En route, nous remarquons dans les villages :
-          Les clochers pointus des églises (tout en bois pour les plus anciennes) ;
-          Les magnifiques et imposants portails qui dessinent l’entrée des maisons, des propriétés, des églises et des institutions ;
-          Les tenues des femmes, les broderies, les tapis colorés recouvrant les bancs ;
-          Les charrettes, tirées par des chevaux, circulant parmi les voitures.
Tout ceci est typique de Maramures, une région où les traditions, loin de s’être transformées en folklore, perdurent.
Les imposantes maisons, parfois tape à l’œil et souvent inachevées, les grosses voitures et les touristes apportent le contraste et confirment que nous avons bel et bien quitté l’Ukraine.


Pour l’hébergement du soir, pas d’affolement : Dana, une amie de Bistrita, a prévenu Nina et nous sommes attendus à Romuli pour planter la tente.
Nous patientons une bonne heure en haut d’un col, le temps de voir passer l’orage qui nous était promis. Nous filons ensuite sur une route mouillée, le long des eaux boueuses d’un torrent en crue, sous un ciel redevenu bleu.
A l’arrivée, Nina est là. Elle est chef cuisinier, connue dans toute la Roumanie. Elle vient parfois en France donner des cours de cuisine traditionnelle. Ce soir, elle a préparé un dessert pour Anatole…
Nous montons finalement nous coucher dans un hôtel en construction, repus.


Mercredi 31. C’est une longue étape de 62 km, avec une belle et grosse bosse, qui nous permet d’atteindre Bistrita. Dana nous y attend, elle nous prend en main pour quelques jours. Notre immersion dans la vie roumaine continue…

lundi 22 juillet 2019

Ça secoue…

Mercredi 17.
Il faut faire des courses. Dans les épiceries, les gens n’achètent pas grand-chose : des œufs, de la farine en vrac, quelques pâtes. Nos sacoches ne sont pourtant pas bien grandes mais au moment de payer, nous sommes presque gênés d’étaler ce qui constituera nos vivres pour deux ou trois jours.
Si dans les campagnes l’économie semble tournée vers l’autoconsommation avec des gens qui vivent de ce qu’ils produisent, en ville cette économie de subsistance se traduit sous nos yeux par des rues dont les sols des trottoirs sont occupés par ce que chacun à vendre. Des gens se déshabillent pour essayer des vêtements, une fille attend assise devant un pot de confiture, un autre vend des pièces de moteur… Nous ne nous attendions pas à ça, en tout cas pas autant.
Cela n’empêche pas les gens d’être agréables, de nous parler, d’avoir une petite attention. Nous nous sentons bien.
En milieu d’après-midi, il est facile de trouver où planter la tente. Deux bergères et leur troupeau de vaches viennent nous faire un petit coucou.



Jeudi 18.
Nous n’avons plus guère d’eau. Aux premières maisons, une dame vient avec un seau pour nous ravitailler. Son mari nous fait la discussion. La voisine apparaît. Une course s’engage : chacune se met à courir dans tous les sens et nous repartons avec du lait, du fromage, des groseilles, un pot de cassis et des petits pois !
La route est parfaitement asphaltée et étonnamment il n’y a aucune circulation. Nous croisons seulement quelques skieurs à roulettes près d’un centre d’entrainement. A un point de contrôle, des militaires nous demandent nos papiers et consignent quelques informations dans un cahier défraîchi. Même si les conflits ont lieu de l’autre côté du pays, l’Ukraine est un pays en guerre. Passé ce checkpoint, la route redevient atroce et nous descendons du col à peine plus vite qu’à la montée.
Nous quittons cette route principale pour une plus petite. C’est évidemment pire. Il n’y a même plus un centimètre carré de bitume, mais c’est un vrai régal de monter un nouveau col en mode VTT !  
La descente est épique, ça saute dans tous les sens. Après un village, nous trouvons un terrain plat près d’une petite rivière. Une partie de la soirée est occupée à resserrer des vis et des boulons pendant que les enfants font un feu et jouent au bord de l’eau.

Vendredi 19.
Nous roulons jusqu’à Volovec, où nous trouvons une Садиба (sadyba, sorte de maison d’hôtes). Dans cette petite ville de moyenne montagne, la grisaille soviétique s’affiche avec quelques immeubles d’époque dont on se demande encore comment tiennent les balcons. Nous apercevons également quelques touristes descendant de leur bus, des panneaux indiquant des stations de ski, des randonneurs à pied et quelques berlines allemandes qui côtoient les Lada le long des trottoirs. Volovec est pour le moins une ville de contrastes…

Samedi 20.
Lison s’est faite coiffer par la patronne. Après un bon petit déjeuner nous reprenons la route.
Ces derniers temps, nous faisons environ 35 km chaque jour (départ 10h, fin de l’étape vers 16h). Aujourd’hui ce sera moins (22 km) : cela nous laisse le temps de profiter d’une sadyba où nous sommes accueillis royalement. Louba et Piotr sont aux petits soins.
En Ukraine nous pouvons nous permettre de nous offrir une nuit en dur avec le repas du soir et le petit déjeuner. Nous en profitons et Louba nous gâte, c’est délicieux… N’en abusons pas trop cependant, les enfants nous demandent déjà le prochain camping sauvage.


Dimanche 21.
En ce jour de messe, dans un pays où beaucoup de gens se signent dès qu’ils passent devant la moindre croix (et il y en a !), il y a affluence autour des églises. C’est aussi jour d’élections législatives. Le parti du président comédien fraîchement élu est donné grand favori. Il y a de l’animation dans les villages et les femmes ont mis leurs plus belles robes.
Côté vélo, l’ascension d’un col nous fait pénétrer dans le parc national de Synevir. En haut les enfants ont bien mérité un petit porte clé Lada, à ranger avec tous leurs trésors.

Lundi 22.
On a beau être dans un parc national, les bords de routes, les rivières sont jonchés de bouteilles et de détritus en tout genre. Nous avons souvent du mal à trouver des poubelles et rares sont celles qui semblent avoir été vidées un jour.
Les villages s’étirent le long des routes, parfois sur plus de dix kilomètres. Il y a toujours quelque chose à voir et les kilomètres défilent sans qu’on s’en rende trop compte. Alors que les habitations se font plus rares, la route devient piste et il nous faut encore plus d'une heure pour atteindre le sommet du col synonyme de pique-nique bien mérité. Nous l'agrémentons de myrtilles, il y en a plein les montagnes. 
Nous nous laissons ensuite descendre dans la vallée où un petit chalet nous attend pour une journée de pause. Opération lessive et shampoing anti-poux (Petit souvenir de Davayé !).