Nous sommes également
toujours aussi étonnés par le nombre d’églises -parfois trois dans un minuscule
village-, ce qui fait dire aux enfants qu’ils savent où va tout l’argent des
Ukrainiens.
A midi, nous
pique-niquons dans une école. Nous en faisons le tour. Le gymnase est occupé par
des anciens qui jouent au ping-pong, des vaches et les poules s’occupent du
terrain, des gamins jouent sur des jeux d’un autre temps. Les bâtiments et
certaines salles de classe sont plus que vétustes. Si dans certains pays on
aime frénétiquement les réformes, il semblerait qu’ici, à l’inverse, on laisse
le temps aux choses de s’installer (sans parler de la rouille et des mauvaises
herbes)...
Vers 17h,
c’est presque devenu une habitude, cinq ou six vaches, menées par deux gamins
et leur père, viennent pâturer autour de notre tente.
Vendredi 26.
Voilà
l’étape la plus pénible depuis notre départ. A force de descendre, il fait désormais
plus chaud, et à l’approche de la frontière et d’une grande zone urbaine, la
circulation se fait bien plus dense. Nous passons la frontière, moment pénible,
avec son lot de douaniers zélés, désagréables - parfois méchants - ayant plus
envie de s’amuser à nous emmerder que de nous contrôler. Sortie d’Ukraine
oblige, il nous faut également passer trois fois sous des portiques de
détection de la radioactivité.
Nous nous
extirpons de Sighetu et la fin d’après-midi venue, alors que nous nous
apprêtons à planter la tente, un orage soudain incite une dame à nous proposer
une petite maison. Occupée par quatre ouvriers qui rentrent passer le weekend
chez eux, nous passons notre première nuit en Roumanie dans une jolie maison
traditionnelle qui sent le mâle.
Samedi 27.
Côtés
intestins, ce n’est toujours pas la grande forme. Nous roulons une petite
trentaine de kilomètres avant de nous arrêter pour reprendre quelques forces.
Nous rencontrons Ioan qui nous dégote de quoi nous reposer : nous passons trois
nuits dans une maison immense de huit chambres. Il y a toujours une solution
dans ce village où tout le monde se connait.
Dimanche 28.
Ioan vit et travaille en France. Il revient passer l’été au pays, chez ses
parents. Il nous fait partager son dimanche, en famille. Anatole assiste à sa
première messe. Elle se déroule à l’extérieur de l’église. Nous sommes ensuite
invités au repas du midi. Lison et Anatole jouent avec Anastasia et ses cousins
Vladimir et Raisa. Sans la barrière de la langue, puisqu’Anastasia est née en
France, ils s’en donnent à cœur joie.
Lundi 29. Jour
de repos supplémentaire. Les enfants jouent avec Anastasia, on nous apporte à manger,
on vient prendre de nos nouvelles, on nous conseille sur la suite de notre
parcours, on discute sur le banc, on salue les passants. Nous avons presque été
adoptés...
Mardi 30.
C’est la reprise
et nous allons mieux. C’est aussi l’anniversaire d’Anatole. Pour notre départ,
tout le monde est venu nous saluer. Nicola ne veut pas que nous partions.
Anastasia donne un petit cadeau à Anatole, Ioan nous offre un sac et une petite
bouteille de liqueur. Nous serions bien restés, tant la gentillesse des gens
nous touche, mais nous devons reprendre notre progression vers le sud.
En route,
nous remarquons dans les villages :
-
Les clochers pointus des églises (tout en bois
pour les plus anciennes) ;
-
Les magnifiques et imposants portails qui dessinent
l’entrée des maisons, des propriétés, des églises et des institutions ;
-
Les tenues des femmes, les broderies, les tapis
colorés recouvrant les bancs ;
-
Les charrettes, tirées par des chevaux,
circulant parmi les voitures.
Tout ceci est typique de Maramures, une région où les
traditions, loin de s’être transformées en folklore, perdurent.
Les imposantes maisons, parfois tape à l’œil et souvent
inachevées, les grosses voitures et les touristes apportent le contraste et confirment que nous avons bel et bien quitté l’Ukraine.
Pour
l’hébergement du soir, pas d’affolement : Dana, une amie de Bistrita, a prévenu
Nina et nous sommes attendus à Romuli pour planter la tente.
Nous patientons
une bonne heure en haut d’un col, le temps de voir passer l’orage qui nous
était promis. Nous filons ensuite sur une route mouillée, le long des eaux
boueuses d’un torrent en crue, sous un ciel redevenu bleu.
A l’arrivée,
Nina est là. Elle est chef cuisinier, connue dans toute la Roumanie. Elle vient
parfois en France donner des cours de cuisine traditionnelle. Ce soir, elle a
préparé un dessert pour Anatole…
Nous montons
finalement nous coucher dans un hôtel en construction, repus.
Mercredi 31.
C’est une longue étape de 62 km, avec une belle et grosse bosse, qui nous
permet d’atteindre Bistrita. Dana nous y attend, elle nous prend en main pour
quelques jours. Notre immersion dans la vie roumaine continue…